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source : naucelles.fr


La mongette et le sergent

annette Pourrat

La Mongette et le beau sergent
 
    Au temps des invasions anglaises, un guet avait été placé dans la tour de Naucelles(IXe siècle) que l'on voit encore aujourd'hui à quelques mètres de la route du côté de Jussac. Un sergent nommé Hugues, homme sûr entre tous, y commandait dix hommes chargés d'assurer la protection d'Aurillac. Hugues ne quittait la tour que pour assister à la messe à Naucelles. Grave, mystérieux et beau, il n'accordait pas un seul regard aux jeunes filles de l'assemblée, Or Luce, une très jeune fille qu'on appelait aussi la mongette parce qu'elle avait la confiance du recteur et assurait l'entretien des autels de l'église, fut, à le regarder, prise du mal d'amour. Et voici qu'un jour qu'elle s'était attardée à cueillir des fleurs dans la campagne, elle rencontra le beau sergent:
   "N'allez plus aussi loin dans la campagne, lui dit-il. Les Anglais se saisiraient de vous. Un bon conseil ne peut venir que d'un ami, répondit-elle toute tremblante.

gravure de la tour carrée

Je parle pour le recteur. Il en aurait de la peine"

Et il s'en alla.

   Mongette en pleurant regagna son église pour y prier la sainte vierge. Un beau jour Hugues dut regagner Aurillac. Le matin de son départ, passant sous les fenêtres de Luce, il se mit à chanter bien fort:

 
Je pars. Adieu la belle fille

Je pars et j'ai grand mal au cœur.

  Mongette sut bien alors que lui aussi l'aimait. Un soir, n'y tenant plus, elle se précipita à l'église et déposa sur un coin du maître autel les clés qui avaient été confiées à sa garde. "Sainte vierge, supplia-t-elle, veillez sur ces clés à ma place. Veillez aussi sur moi, car je ne sais pas ce que je vais devenir", Et elle partit pour Aurillac, rejoindre son ami.

Peu de temps après Hughes fut tué dans une rixe. Mongette crut en mourir. On dut la mettre à l'hôpital. Mais le 8 septembre, un désir insensé la prit de revenir dans son village, en dépit de sa honte et malgré son remords. Elle arriva à Naucelles au crépuscule. Le sacristain bêchait un coin de terre, non loin de la tour. Elle s'approcha de lui, le visage dissimulé, et demanda : N'y avait-il pas à Naucelles, voici quelques temps, une orpheline qu'on appelait Luce et qui avait été adopté par le recteur ? -Allez à l'église et vous l'y trouverez", dit l'homme. Luce pensa bien que l'homme avait l'esprit dérangé;néanmoins elle se rendit à l'église. Une femme y priait. Après avoir hésité un moment, elle s'approcha d'elle. L'inconnue se retourna aussitôt pour la regarder bien en face. Elle lui ressemblait trait pour trait."Je suis celle à qui tu as confié les clés de cette église, lui dit -elle, celle que tu n'a pas cessé d'invoquer dans tes malheurs et dans tes chutes. Je suis la mère du sauveur. J'ai pris ta place. J'ai pris ton visage, ta tournure et tes habits.

  Personne ne sait que tu es partie et que tu as péché. Repens-toi et demeure-moi fidèle". Et Luce se retrouva seule.

   Jadis on pouvait encore lire sur une vieille dalle carrée du cimetière de Naucelles; Peyre de la perdounade, c'est à dire : Pierre de la pardonnée.

André DEGUIRARD

Extrait "de guide l'Auvergne mystérieuse"

D'Annette Pourrat

Edition:Tchou